HEROS ET MARTYRS: MEMORABLES, CES CAMEROUNAIS QUI ONT SACRIFIE LEUR VIE POUR LA NATION

Depuis quelque temps, l’Union des populations du Cameroun (Upc) célèbre la semaine (du 08 au 15 septembre) des martyrs, qui coïncide avec l’anniversaire de la mort de Ruben Um Nyobè le 13 septembre 1958. En mémoire de ces dignes fils du pays qui ont perdu leur vie pour l’indépendance du pays. Alors que les grandes figures africaines assassinées pour leur combat anticolonial, tels le Congolais Patrice Lumumba, sont connues, les leaders camerounais ayant subi le même sort sont visiblement tombés dans l’oubli. Au ministère des Arts et de la Culture (Minac), dont la direction du patrimoine est chargée, entre autres, de la vulgarisation des figures historiques et de la préservation du patrimoine culturel national, on fait peu de cas de ces personnages, et de leur héritage. « Il est temps d’arrêter de se taire face à des situations qui frustrent. Il est important d’arrêter le génocide intellectuel dans nos écoles primaires, secondaires et supérieures. Le moment est venu pour nous de raconter la vraie histoire de notre pays à nos enfants », précisait, il y a quelques années, Kum’a Ndumbe Ill, arrière-petit-fils de Lock Priso, chef duale qui aurait refusé de signer le traité Germano-Duala le 12 juillet 1884. Aussi, semble-nous opportun, au moment de la tenue de quelques activités à travers le pays, de parcourir la trajectoire de ces mémorables Camerounais, jugés coupables d’avoir défendu leur patrie, c’est-à-dire, la conservation inconditionnelle de la souveraineté et de l’identité nationale.

L’histoire du Cameroun est un long fleuve tortueux et parfois écrite en lettres de sang. De nombreux corps jonchent les tiroirs qui meublent la construction de la République. De la période postcoloniale à nos jours, nombreux sont des compatriotes qui ont payé de leur vie, à un moment donné, et surtout dans un contexte précis, mais pour une cause noble. La période postcoloniale. En 1845, des missionnaires baptistes britanniques s’installent au Cameroun, qui entre de fait dans la zone d’influence du Royaume-Uni. Mais cela ne va pas durer longtemps. En 1868, un comptoir allemand est ouvert près de Douala par Woerman, un marchand de Hambourg (ville allemande). Le gouvernement allemand envoya Gustav Nachtigal négocier la mise sous-tutelle allemande du Cameroun avec les chefs Doualas. Deux traités en ce sens furent signés avec des chefs de l’estuaire du Wouri appelée « Cameroon River » par les Britanniques. Ce sont les traités germa-no-Douala. Le premier de ces traités qui date du 12 juillet 1884 marque la naissance internationale du Cameroun moderne. Le 14 juillet 1884, le drapeau allemand flottait à « Cameroon towns » devenu « Kamerun » pour les allemands, et ce territoire devint la colonie allemande du « Kamerun ». Malgré l’opposition des chefs douala, le protectorat allemand s’étendit du lac Tchad aux rives de la Sangha. Le long de leur progression vers l’Est, les Allemands se heurtèrent aux populations locales qui pensaient leur commerce menacé. Le Kamerun Schutzgebiet fut placé sous l’autorité d’un gouverneur représentant le Chancelier du Reich et divisé en unités administratives dénommées postes et stations pour les plus petites, Bezirk (au sud) et Residentur (au nord) pour les grandes. Douala fut tout d’abord choisie pour abriter la résidence des gouverneurs et le siège du gouvemorat (1885-1901). Puis, ce fut le tour de Buea (1901-1909), au climat réputé plus frais. L’éruption du Mont-Cameroun qui eut lieu en 1908 mit prématurément fin au règne de Buea. Ce fut de nouveau le retour à Douala où les Allemands se heurtèrent cette fois-ci à la révolte des Douala qui refusaient de se laisser expulser de leurs terres. Des révoltes éclatèrent dans les plantations et dans la région de Douala, allant même jusqu’à la grève de l’impôt. En dehors de la période de la signature du traité germano-douala, les Allemands rencontrèrent de la résistance et des révoltes dans leur tentative de conquête de l’arrière-pays du Cameroun. Ils atteignirent néanmoins l’Adamaoua en 1899 et le Lac Tchad en 1902, après des guerres meurtrières qui laminèrent les États foulbés et le royaume Mandara. La lutte d’indépendance. Le 1er janvier 1960, le Cameroun accède à l’indépendance, officiellement sans heurt. Mais dans les faits, c’est l’histoire d’une sanglante répression. C’est une guerre dont on parle difficilement. Des années 50 à 70, la décolonisation du Cameroun s’est faite dans la violence… en silence. L’Union des populations du Cameroun (Upc), créée en 1948 par Ruben Um Nyobè, est le principal mouvement d’opposition de l’époque. Se dressant contre les petits arrangements qui laissent le pays sous la coupe française, les Upécistes vont payer un lourd tribut. 30 000 morts, 500 000, et peut-être davantage: les décomptes sont flous, même pour les historiens. En 1952, Um Nyobè part plaider la cause de l’indépendance à la tribune de l’Organisation des Nations unies (Onu). A Paris, c’est la panique: pas question que cette partie de l’Afrique équatoriale ne bascule dans le camp communiste. L’Upc est dissoute. Condamnés à la clandestinité, ses militants sont traqués, torturés, assassinés. La proclamation de l’indépendance, en 1960, n’a pas signé, loin de là, la fin des combats. Pendant des années, les indépendantistes de l’Upc sont pourchassés et abattus. Cette deuxième rébellion a été combattue par l’armée camerounaise. Encadrée au départ par les officiers français, puis au fur et à mesure par des officiers camerounais. Comme au Vietnam, du napalm aurait été largué. D’un revers de main, Messmer dément mollement : « Ce n’est pas important… », la guerre continue alors contre le pouvoir en place jusqu’en 1971, date à laquelle les leaders, sont arrêtes, emprisonnés et pour certains condamnés à mort. La dure épreuve de la démocratie. Le vent de démocratisation qui souffle au début des années 90 en Afrique n’est pas passé sans heurt au Cameroun. Les premières revendications pour le retour au multipartisme et à la démocratisation de la vie politique camerounaise ont eu lieu à Bamenda. John Fru Ndi, battu aux primaires du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) en 1988, aidé de quelques proches, décide de créer une nouvelle formation politique, bien que les lois camerounaises ne le permettent pas encore. Le 26 mai 1990, il est prévu un discours de lancement à résidence de Fru Ndi à Ntarikon, suivi d’une marche qui partirait de cette même résidence pour « Up Station », où se trouvent les Services du gouverneur de la province. La marche commence, mais les manifestants     sont bloqués à l’avenue commerciale de la ville par les patrouilles mixtes formées des éléments de la compagnie de gendarmerie de la ville et de la 223è compagnie de combat des forces armées. Les marcheurs savent que les hommes en tenue portent des armes non chargées. Difficile de savoir qui a pu leur communiquer une information aussi sensible. Seul le commandant de la patrouille porte un pistolet automatique chargé. Les minutions des hommes de troupe se trouvent dans des camions en retrait de la scène. Les assaillants tentent de s’emparer de l’arme du lieutenant. Voyant son chef en danger, un caporal prend sur lui de casser les coffres de munitions et de les distribuer à ses camarades ». Les affrontements durent moins de quinze minutes. Dans la soirée, un communiqué officiel signé de Henri Bandolo, alors ministre de l’Information et de la Culture d’alors et lu sur les ondes du poste national de la Crtv, fait état de six morts. Suite cet incident, une vague de revendications embrase toute la République. Les Camerounais veulent plus de libertés. Tout est mis en œuvre pour faire plier l’échine au pouvoir en place. Les villes mortes connaissent leurs heures de gloire. S’il est inutile de revenir sur la rigueur de l’opération ville morte dans certaines villes du Cameroun entre 1990 et 1992, il y a lieu de s’arrêter sur certains faits marquants qui ont entraîné des pertes en vies humaines. Le 06 mai 1991, des étudiants de l’université de Yaoundé manifestent b Obili. Les forces de l’ordre interviennent. Pour une bonne partie de l’opinion nationale, il y a eu beaucoup de morts, côté étudiants, au cours de cette intervention. Mais, Augustin Kontchou Kouomegni, ministre de la Communication, va annoncer: « il y a eu zéro mort, je dits bien zéro mort ». Le jeudi 16 mai 1991, les éléments du commissariat du 7è arrondissement de Douala investissent le long de la rue du centre universitaire de Douala. Vers 11 heures, une altercation a lieu entre ces éléments et la population très présente dans la rue ce jour-là. Le Commissaire dégaine aussitôt son arme et s’apprête à tirer. A l’entrée du camp Sic Bassa, il se heurte à une barricade qui, en fait, n’était plus une nouveauté. Le Commissaire, sort son arme. C’est la débandade générale. Il se dirige vers un jeune garçon qu’il exécute bout, portant de deux balles. Il s’agit bien d’Eric Takou, élève à l’Ecole bilingue de Maképé, en classe de cours moyen 2e année, section anglophone. Le corps de Takou est transporté dans le pousse-pousse à travers les rues de la capitale politique. Le corps est par la suite ramené au domicile dudit Commissaire, situé toujours au 7è arrondissement, où attendait impatiemment une immense foule enragée, prête à la vendetta.

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