POURQUOI LES BANGANGTE ONT COMMENCE A PORTER LES HABITS DES BLANCS

Le blanc demande aux Bangangte de s’habiller, le chef dit oui, transmet l’ordre du blanc, mais ne libéralise pas les habits traditionnels bangangte. Ça commence comme ceci, et ça va petit à petit – le 5 mai 1930, Bangangte est déclaré subdivision administrative de la circonscription de Dschang. Cela a une conséquence – le chef de la subdivision, un Français donc, convoque le chef Njike II, qui comme le chef d’aujourd’hui est un auxiliaire de l’administration, et celui-ci retourne et dit aux Bangangte, a sa population donc, que dorénavant, ils ne doivent plus marcher sans caleçon en route, ou le blanc peut les voir. C’est une traduction littérale de la manière de parler medumba que je fais ici. Cela veut dire quoi, que les Bangangte dont déjà seul les nobles avaient et ont toujours le droit de porter certains habits, doivent s’habiller quand ils sortent de chez eux, par exemple pour aller au marché – une fois en huit jours donc, car on ne peut pas s’habiller pour aller au champ, ce qu’ils font 7/8 jours. Ça ne fait pas sens. Problème justement, certains habits sont interdits aux non-nobles, les fameux batiks-la qu’on sait, et que ne peuvent porter que les femmes du chef, les reine-mères, les tchinda, et autres. Avec une population de près de 1300 personnes selon le recensement de 1936, ça pose problème pragmatique, car faire justement un habit de coton de quelques mètres a pris à peu près de six mois à un tisserand a qui le blanc, Clément Egerton a donné l’ordre de lui en fournir quelques-uns. N’oublions pas que les artistes bangangte, les Bahoc, ont été chassés de Bangangte lors d’une querelle de 1890, et se sont réfugiés dans la zone anglophone, chez les Bali.

En 1930 donc, les Bangangte ont ce que j’appellerai un problème pragmatique avec les habits. Pour être concret, regardons la liste des prix des vêtements ‘traditionnels’ telle qu’établie à Foumban, à l’endroit où on fabrique ce qui constitue la mode d’avant les blancs. Pas besoin d’aller jusqu’au grand Nord. Foumban suffit. Or même si on baisse le prix, 20Fcfa pour un tissu, ça équivaut au salaire mensuel d’une employée de maison à cette époque-là. C’est clairement trop cher. Trop cher même, parce que c’est touristique – et même Egerton qui est blanc, trouve ces prix trop chers en 1938. Le chef Njike II qui est contre les habits des blancs le dit autrement – habiller sa vingtaine de femmes est la mer à boire, et les gens, je veux dire les nobles, résolvaient cela ainsi : ils portaient leur habit pour sortir, et quand ils sont à la maison, ils retournaient sur le sans caleçon habituel. Les hommes comme Njike II ont une autre raison pour détester les vêtements – une femme qui n’est pas couverte se juge facilement, et les chefs de l’Ouest choisissent leurs femmes à la vue. En 1937, Egerton est surpris que lors du recensement a Bazou, il y’ait que des femmes âgées – pas de femmes entre 14-30 ans. C’est eu les chefs sont là. A l’époque comme aujourd’hui, les belles femmes ne se promènent pas vers les chefferies bamiléké. Cela veut dire que les gens qu’on voit à l’Ouest en habit en 1930-la, ne se sont habilles que pour la photo – et Egerton demande aux femmes du chef de se déshabiller, elles qui viennent habillées pour ses photos – on le fait toujours, ‘s’habiller bien pour la photo.’ Sinon dans le quotidien les gens marchaient eux sans caleçon, car les habits étaient soit trop chers, soit interdits au port général par la tradition.

Je veux dire que les Bangangte se sont certes habilles en 1930 à la demande du blanc, mais l’interdit qui frappait et frappe encore les vêtements ‘traditionnels’ d’ailleurs trop chers, a fait qu’ils se retournent logiquement vers les vêtements européens. Nkongsamba résolvait ce problème, sinon Douala, en attendant bien sûr que les premiers habits des blancs ne viennent au marché de Bangangte ou aujourd’hui encore on trouve beaucoup plus de la friperie. Egerton se demande aussi pourquoi ces vêtements-là ont toujours des couleurs rougeâtres et donne lui-même la réponse : ils sont lavés dans le marigot, et quiconque connait l’Ouest sait que la terre y est rouge sang. La conséquence est qu’aucun vêtement ne peut y être proprement blanc, et donc, que les gens qui sont habilles ont toujours un peu un aspect sale. Ils portent en quelque sorte la boue sur eux. Je précise ici que les gens dont nous parlons-la se lavaient chaque jour au marigot, donc ce n’est pas un problème d’hygiène corporelle, mais simplement de propreté vestimentaire. Les vêtements traditionnels sont d’habitude de couleur bleue, rougeâtre, et autres, ce qui fait qu’ils sont adaptés à la terre du coin. Les vêtements européens cependant ne le sont pas, même s’ils sont clairement moins chers. Le pragmatique a donc ouvert sur ce que personne ne peut vraiment aimer – des vêtements achetables, mais qui ne sont pas adaptés au coin. C’est que le chef Nijke II a transmis aux Bangangte l’ordre du Français de s’habiller dorénavant, mais sans lever l’interdit qui frappe encore les vêtements bangangte, le ndop, reserves a la noblesse.

Cet interdit vaut encore aujourd’hui

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