DES « CAMEROUNAIS », SOUPÇONNES DE « CRIME DE GUERRE », POURRAIENT ETRE RECHERCHES PAR LA JUSTICE EN CENTRAFRIQUE.

Vendredi, 01 juin dans la salle d’audience de la Cour d’appel franchement délabrée où poussière de longue date sur les tables bancs et toiles d’araignée se disputent la vedette, un procureur sans toge, un Chef du Projet Appui à la Cour Pénale Spéciale en service au PNUD (Gaston Asitaki), un public composé d’acteurs de la société civile, de cadres d’ONG, de journalistes, de curieux et des soldats de la Paix de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), très calmes mais promenant sans cesse les yeux autour et dans la grande salle. Quelques avocats sont aussi visibles dont Maître Mathias Barthélémy Morouba, déjà dans la peau d’un défenseur qui ne manque pas de déplorer cette présence « moralement indécente » des bourreaux au milieu des victimes dans les quartiers.

Cette scène traduit la rencontre de Toussaint Muntazini, le Procureur Spécial Indépendant de la Cour Pénale de la République Centrafricaine (CPS) nouvellement nommé par les autorités en place. C’est sa toute première rencontre d’échanges et prise de contact avec les acteurs de la société civile, les cadres d’ONG et autres organisations de défense des droits humains…« Après avoir été reçu par les autorités au sommet de l’Etat, je me réjouis d’être devant vous (acteurs de la société civile, cadres d’ONG entre autres) dans cette salle et vous assurer que le travail qui m’attend n’est pas seulement avec les autorités mais aussi et surtout avec vous tous » lance très amicalement celui-là même que des bourreaux du peuple centrafricain commencent déjà à trembler rien qu’en écoutant son nom. Toussaint Muntazini, derrière les lunettes d’un sage africain se sent visiblement à l’aise en Centrafrique « Je viens d’un pays, de l’autre côté de l’Oubangui qui ressemble fort bien à la RCA, nous avons connu les mêmes violences criminelles que ce pays vit depuis quelques temps » rappelle fort opportunément ce très expérimenté Officier du Ministère Public dont la carrière a été entièrement vouée à soutenir l’accusation dans le contexte post-conflits extrêmement délicats.

C’est en 2014 qu’a été créée la Cour Pénale Spéciale, une juridiction métissée, hybride, une sorte de mélange entre le personnel centrafricain et étranger. « C’est la toute première fois qu’un pays expérimente la cohabitation de trois juridictions à savoir la Cour Pénale Internationale, la Cour Pénale Spéciale et les autres institutions judiciaires locales » martèle aussi ce détenteur du diplôme de Licence en Droit qui va en principe travailler pour au moins cinq ans sur les nombreux cas de crimes (génocide, guerre, contre l’humanité) commis en Centrafrique à partir de janvier 2003 jusqu’en 2015.

Que va-t-on faire des crimes qui se déroulent dans l’arrière-pays après 2015 ? S’interroge un représentant de la société civile. Cette question est restée sans réponse satisfaisante, car « le CPS est instituée pour s’occuper principalement des actes perpétrés entre 2003 et 2015 » selon la loi n°15/003 du 03 juin 2015 portant sa Création, son Organisation et son Fonctionnement.Au cours d’échange d’avec son auditoire il ressort qu’entre les urgences préoccupant bon nombre d’assistants, c’est bien « la prestation de serment du personnel déjà présent sur le sol centrafricain comme lui en attendant le tour des retardataires. »

Le portrait-robot des prochains « bons clients » de Toussaint Muntazini, le redoutable Procureur Spécial ci-devant magistrat militaire (il a le grade de colonel) est bien connu : acteurs directs des infractions incriminées, commanditaires, co-auteurs ou complices. L’immunité liée aux fonctions est inutile, même pour les anciens chefs de l’Etat. C’est le juriste Hyacinthe Longba de l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la torture et la peine de mort (ACAT) qui semble plus intéressé quant au volet « sanctions » qui seront prononcées par la CPS.

PS :

1) SIDIKI ABAKAR est un chef rebelle très actif au Nord-ouest de la RCA non loin de la frontière camerounaise. L’opinion centrafricaine et la presse dans son ensemble le présentent comme « Camerounais en provenance et originaire de Maroua ». A la tête d’un groupe de plusieurscentaines d’hommes (assez bien armés et militairement aguerris), ce peulh bon teint s’est autoproclamé défenseur de la minorité peulh constamment et lâchement massacréeen Centrafrique par un autre groupe armé constitué principalement de coupeurs de route et de voleurs de bétails. Les représailles des hommes de Sidikise traduisent souvent par des expéditions punitives impitoyables :des villages voyant leurs maisons entièrement saccagées et/ou brûlées, des villageois abattus sans distinction sont quelques-uns des griefs à l’encontre du « Camerounais ».

2) Article que j’ai publié (le 06 juin 2017 sans le PS) dans l’hebdomadaire « Synergies ONG Actualités » paraissant à Bangui

 

Gilbert G. Mbakop

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