ÉDOUARD AKAME MFOUMOU, L’HOMME  QUI AURAIT PU CHANGER LE CAMEROUN.

Nous sommes en 1996, pratiquement à un an de la présidentielle prévue pour l’année 1997. Édouard AKAME MFOUMOU est encore le tout puissant ministre des finances de la république du Cameroun. C’est un homme pour qui tant ses collaborateurs que l’opinion nationale ont un puissant respect. Natif de Ndondol dans le département du Dja et Lobo, son village est quasiment à un jet de pierres de celui de Paul BIYA. On leur prête d’ailleurs une parenté que je ne saurai indiquer, ne la maitrisant pas parfaitement. 

Les rapports sur ce ministre de BIYA sont quasi-unanimes et, lui-même semble bien l’apprécier. Dans les cercles diplomatiques, on n’a dans la bouche que son nom. Les hauts gradés de l’armée comme les hommes de troupes le connaissent aussi bien, lui qui a mené avec maitrise le ministère délégué en charge de la défense. Il y a tellement été apprécié que c’est un quasi-culte que déclenche l’évocation de son nom. Que dires des milieux d’affaire? 
Voilà un ministre qui est arrivé aux finances dans un presqu’État de faillite. En quelques temps, il a su redresser les choses et remettre l’économie nationale en marche. Les patrons le célèbrent, les multinationales le louent et la finance internationale l’adule. Il a su aussi forcer le respect des fonctionnaires qui, en plus de la dévaluation du FCFA, avaient subi deux baisses drastiques de leurs salaires soit, près de 75% de baisse. Malgré cela, les fins de mois restent difficiles pour ces agents publics face à un État insolvable. Il leur doit en effet de nombreux mois d’impayés. 
AKAME MFOUMOU va titriser cette dette en fixant un échéancier de paiement qu’il va respecter, ses successeurs aussi. Mieux, il va en sourdine relever les salaires tout en déclarant que les finances permettaient en l’état de les ramener au niveau où ils étaient avant les baisses. En ce printemps 1996 donc, les armes se fourbissent pour la présidentielle. BIYA est candidat, cela ne souffre d’aucun doute. Fru NDI, qui s’est décrédibilisé par sa gestion approximative de la post-élection de 1992, semble ne plus être que l’ombre de lui-même. En plus, on lui prête de fréquenter de nuit le palais pour des opérations pas très catholiques tournant autour des mallettes de sous. Comme on peut le constater, dans l’opposition, aucune figure de poids n’émerge vraiment.
C’est alors qu’après un conclave de cette opposition, il s’est mis à courir le bruit du choix qui avait été porté sur la personne d’AKAME MFOUMOU. D’abord comme une rumeur, ce choix va s’affirmer au fil des temps avec certains leaders qui vont se faire forts de le porter, tout en indiquant qu’ils allaient le soutenir. Réellement, Édouard AKAME MFOUMOU n’était en rien un mauvais choix. L’estime que les camerounais avaient pour lui le rendait capable de battre BIYA. Par cynisme, c’était même le bon fratricide. 
Toutes ces manœuvres se déroulent sans que le concerné lui-même ne se prononce. Dans le sérail, tout porte vraiment à croire que dans les cercles les plus proches de BIYA, on craint cette candidature. Le comportement de bravade que ce ministre a souvent eu à l’égard de son premier ministre n’est pas pour arranger les choses. Va-t-il ou pas partir? On se pose encore cette question quand il est débarqué du gouvernement. Quelques temps après, c’est une vraie intrigue digne du KGB tournant autour d’appels téléphoniques qui tendent à prouver qu’il est entré en intelligence avec l’opposition et qu’il se prépare à challenger BIYA qui est montée. La radio nationale s’empare d’ailleurs dans les détours qui le vautrent. Entre-temps, lui-même est muet telle une carpe et ne se défend même pas. Je crois personnellement que c’est ce qui va lui sauver la vie quand Titus EDZOA qui n’a pas su faire preuve de discrétion sera broyé. 
Personnellement, j’ai toujours pensé que ce personnage aurait fait un très bon président pour ce pays. Il lui a simplement manqué ce petit quelque chose qui fait de grands hommes: le goût de l’aventure et du risque. Il en avait l’étoffe, le courage en moins. Il est aujourd’hui rentré à sa vraie place: l’anonymat. Le Cameroun est passé de peu à côté d’un grand destin, trahi par un de ses enfants à qui, il aura manqué du courage, courage de choisir la grandeur de la patrie. La première fois lorsque je l’ai rencontré à Sangmélima, j’étais à ma banque que nous avions en partage. Il était lui-même au volant de son véhicule vitres fumées, lunettes noirs aux yeux, le regard toujours fuyant. J’étais partagé entre admiration et déception. 
Admiration pour cette force de vision et de travail qui se sera révélée aux camerounais en permettant à notre pays de se ressaisir alors que nous étions dans les abysses; déception parce que cet esprit brillant a ruiné un aussi grand destin: présider aux destinées du Cameroun. Alors qu’il montait dans son véhicule certainement pour rejoindre son village après ses opérations bancaires, je crois que c’est le mépris qui m’animait, qu’un si vieux ait tant manqué de couilles. C’est finalement vers sa solitude que retournait AKAME MFOUMOU, lui qui n’a jamais su lever la tête

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