Chaque 20 Novembre, le Brésil célèbre la journée de la Conscience Noire

En Afrique bantoue, dans la langue kimbundu (Angola) le quilombo est une société d’initiation de jeunes guerriers ou un lieu de repos pour les nomades
En Amérique du Sud, au temps de l’esclavage, le quilombo (au Brésil) ou palenque (dans les colonies espagnoles) désigne les villages et communautés formés par les esclaves en fuite dans les régions reculées à l’intérieur des terres (voir par exemple Palmares ou la Santidade de Jaguaripe).

Quilombos : 400 ans d’existence !… oui mais à quand la reconnaissance.
Au Brésil, le Quilombo se confond avec l’histoire des esclaves noirs importés d’Afrique. Le Quilombo, était en effet un territoire libre, établi au fond de forêts inaccessibles, où se réfugiaient les esclaves en fuite. Ils y ont survécu pendant des décennies, dans la clandestinité en développant des rapports communautaires particuliers. Avec la fin de l’esclavage en 1888, les Quilombos ont disparu, mais certains des descendants des quilombolas ont continué à occuper ces terrains et ce jusqu’à aujourd’hui.

L’arrivée des premiers esclaves africains se situe vers 1530. Ils étaient répartis de façon à éloigner les unes des autres les personnes originaires des mêmes ethnies, dans le but d’éviter qu’elles s’organisent et se rebellent. Certains historiens font remonter à 1600 – 1630 la création des premiers quilombos, composés à l’origine de très peu de personnes, souvent exténuées, affamées et malades. Il est probable d’ailleurs qu’il y eut une collaboration entre esclaves fugitifs et Indiens eux aussi pourchassés : c’est d’ailleurs une certitude au Surinam.

C’est à cette époque que se forma le plus célèbre d’entre eux, celui de Palmares, dans une région montagneuse du Nordeste, à la frontière des états actuels d’Alagoas et de Pernambouco. Il résista pendant presque 100 ans aux attaques incessantes du pouvoir en place. Zumbi en fut le chef le plus fameux. Il fut tué en 1695, lors du massacre qui mit fin à l’existence du quilombo mais son nom est toujours resté lié aux luttes des Noirs et plus généralement des opprimés contre leurs oppresseurs.
Des milliers de quilombos se formèrent dans tout le Brésil, certains furent combattus et obligés de résister, d’autres parvinrent à s’insérer dans le contexte social et économique régional. Pendant des siècles ils n’eurent évidemment aucune existence légale et leurs membres continuèrent jusqu’à aujourd’hui à vivre isolés.
Leur niveau de vie est presque toujours très bas. Ce sont des gens marginalisés, peu ou pas alphabétisés mais dont la culture est cependant vivante et qui aspirent à vivre mieux. Plusieurs ONG cherchent à sensibiliser l’opinion publique à leur sujet afin d’améliorer leur situation et de valoriser leur culture.
La constitution de 1988 les insère dans la vie démocratique et prévoit de donner à leur terre un statut légal. Il faut cependant attendre 2003 et un projet de loi étriqué du gouvernement Lula pour que les premières terres soient accordées au titre des dommages subies.

Presqu’île de Marambaia : statut de quilombo, le casse-tête juridique.

Depuis 2003, un décret présidentiel permet aux descendants des Quilombos de récupérer la propriété des territoires jadis occupés par leurs ancêtres, “au titre de réparation historique et de reconnaissance à la contribution apportée par les 4 millions d’esclaves africains et leurs descendants à la construction du Brésil”. L’idée est belle, mais sa mise en pratique fait grincer des dents beaucoup de monde.
La presqu’île de Marambaia, à l’ouest de Rio de Janeiro est un petit paradis écologique, dont l’accès est étroitement surveillé par la marine nationale. C’est que la forêt atlantique originelle abrite une des dernières réserves de palétuviers du Brésil. Sur la presqu’île de Marambaia vit aussi une communauté de quelques centaines de pêcheurs, en majorité descendants du Quilombo qui s’était établi ici, lorsqu’au début du XIXème siécle l’endroit fût tranformé en un important entrepôt d’esclaves.
Au regard du décret 4887, “identification, reconnaissance et titularisation des terres occupées par les descendants des communautés quilombos”, signé par le Président Lula da Silva le 20 novembre 2003, ces pêcheurs sont parfaitement habilité à revendiquer la propriété de la persqu’île de Marambaia. La Marine n’a rien contre, sauf que…

…Sauf que personne n’est d’accord sur les chiffres! Le dossier de titularisation, préparé par l’institut de la réforme agraire, chargé par le Ministère de la Culture de faire appliquer le décret 4887, détermine que la surface à délimiter est de 1600 hectares, compte tenu du nombre d’habitants concernés, -281 familles ou 1046 personnes, 645 vivant sur la presqu’île et 401 sur le continent. Des chiffres considérés totalement irréalistes par les représentants locaux de la Marine nationale, qui comptabilisent eux 379 personnes ou 106 familles vivant dans la zone concernée.
La Marine craint que la titularisation d’une telle étendue ne stimule l’arrivée de nouveaux habitants, avec les risques de favelisation et d’atteinte à l’environnement que cela comporte. Pour les habitants concernés l’impasse n’est pas sans conséquence, puis seule la titularisation permettrait de débloquer les crédits gouvernementaux destinés au développement des services publics et à l’amélioration des conditions d’habitat de la population.

…Ni sur le mode de définition des descendants de quilombos. Le point d’accrochage, à Marambaia comme ailleurs, c’est une des dispositions du décret 4887 qui détermine la manière dont le droit au titre de descendants des Quilombos est attribué à ses bénéficiaires. C’est en effet la communauté concernée, qui auto-détermine sa qualité de bénéficiaire et doit apporter des “présomptions historiques suffisantes” que l’endroit concerné a abrité un Quilombo à un moment donné ou que ses membres sont descendants d’esclaves. Cette disposition s’aligne rigoureusement sur la Convention 169 de l’OIT qui prévoit le droit à l’auto-détermination des peuples indigènes et tribaux, mais elle permet toutes les interprétations quant au territoire concerné et au nombre de personnes touchées. Ainsi, des propriétés privées, des zones naturelles protégées ou des espaces utilisés par les pouvoirs publics peuvent tomber sous le coup d’expropriation s’ils sont revendiqués par des descendants de Quilombos. Il est vrai que la même exigence s’applique à la démarcation des territoires des peuples indigènes, mais la résolution des conflits pose moins de problèmes dans ce cas car il s’agit en général de régions non délimités de la forêt amazonienne ou de territoires que des propriétaires se sont attribués sans que leur possession ne soit jamais légalisée. Dans le cas des descendants de Quilombos, on se trouve face à des espaces qui entrent en compétition avec des activités agricoles ou industrielles. Ainsi, depuis 2003, le Ministère de la Culture a déjà recensé 743 communautés de descendants de Quilombos, regroupant 2 millions de personnes réparties dans 21 des 26 Etats qui composent le Brésil. Une partie significative des territoires, dont ces communautés revendiquent la propriété collective, se situent dans des espaces urbains ou péri-urbains.

La contre-attaque des défenseurs de la propriété privée

En juillet 2004, c’est à dire moins d’un an après l’adoption de cette politique de légalisation des territoires appartenants aux descendants de Quilombos, le Parti d’opposition du Front Libéral a recouru au Tribunal suprême en mettant en doute la constitutionnalité du décret 4887, attaquant justement le point sensible de l’auto-définition par les communautés de descendants de Quilombos eux-mêmes des critères qui définissent leur identification et les espaces dont ils revendiquent la propriété. Le PFL voudrait limiter ces espaces aux surfaces dont on a la preuve qu’elle sont occupées depuis au moins un siècle par les ancêtres direct de ceux qui se disent descendants des Quilombos.
La définition est tellement restrictive qu’elle réduirait à la portion congrue le nombre de descendants d’esclaves africains susceptible de recevoir des terres au titre de “réparation historique”. Il ne saurait être question non plus de prendre en compte des “les espaces nécessaires à la communauté pour mener à bien ses activités de culture, de pêche de chasse et d’extraction minière”, dans la définition de la surface à attribuer aux descendants des Quilombos. “Un critère excessivement large” aux yeux du PFL, qui propose de limiter le droit de propriété “à la superficie effectivement occupée par les personnes concernées”.

Marambaia est un exemple parmi tant d’autres et depuis 2003, peu de communautés ont accédé à la pleine possession du terrain revendiqué. D’ailleurs, à ce jour, seul le Maranhão a effectué un véritable travail de recensement de ces communautés. L’idée est certes belle mais elle a une nette tendance à rappeler la complexité de la Constitution brésilienne… car si à l’occasion, vous la lisez ou la survolez, vous verrez que l’on peut la croire écrite par un Charles Ingalls extatique entre deux corvées de bois (cf la petite maison dans la prairie…et oui !). Un assemblage de douceurs idylliques qui fait potentiellement du Brésil, le plus grand état de droit au monde…ça laisse songeur.
Toujours est-il que ces dernières années, les descendants de communautés liées à l’esclavage au Brésil (la loi considère toute communauté rassemblée suite aux persécutions ou aux discriminations d’avant et aprés l’abolition) font valoir leurs droits et leur cultures et il existe aujourd’hui environ un millier de communautés qui cherchent à acquérir cette reconnaissance.
Malgré cette volonté de l’Etat, le devoir d’amendement et de réparation n’est pas encore une évidence au Brésil…ni ailleurs.

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