LE LIEUTENANT COLONEL QUI RÉDUIT LES FORCES ARMÉES EN GANGS DE VOYOUS ARMES(article de 2016)

Dans l’enregistrement d’une conversation de plus de deux heures que le lieutenant colonel Joël Emile Bamkoui a eu avec Patrice Nouma, enregistrement accordé par Bamkoui lui-même qui disait qu’il savait que Nouma enregistrait, le directeur de la Sécurité militaire (Semil), services de renseignements des forces armées et de la défense du Cameroun, propose à Patrice Nouma qu’il peut le rapprocher du régime Biya, après l’avoir traité de «déserteur» et de tous les noms d’oiseau, avant de redevenir conciliant quand il constate que Nouma dispose des preuves de ses crimes. Rappelons que Bamkoui réagissait à l’article de Nouma du 29 juin le présentant comme «Un braqueur, trafiquant de drogue et assassin et chef de gang», sur la base d’une enquête menée par le CCT.
Le constat qui se dégage de la conversation est que Bamkoui est un homme coléreux, manquant de contrôle et sérieusement déséquilibré. Il ne s’est pas contenté de son entretien avec Patrice Nouma, car il a envoyé dans les réseaux sociaux et au téléphone ses proches pour tenter de convaincre Nouma qu’il est une bonne personne.
En même temps, le lieutenant colonel Bamkoui a appelé sa victime citée dans l’article, Mme Wondje Longo Françoise, qui fut le 27 juin 2014 mutilée et torturée, puis dépossédée de la voiture Renault 4×4 de marque Duster appartenant à elle et son mari Mbangue Edimo Martin, lors d’un «braquage» à son domicile d’Obala. Bamkoui détient et utilise aujourd’hui ce véhicule, que son propriétaire avait le 3 avril 2015 retrouvé à Douala et qui s’était plaint auprès du chef du poste du commandement opérationnel de la gendarmerie de Douala, le Lieutenant colonel Bankoui. Ce dernier et son homme de main, l’adjudant chef Ngoss Balog Georges, avaient tout simplement recelé le véhicule, en le confisquant pour s’en servir comme leur propriété.
Vendredi le 30 juin, le lieutenant colonel Bamkoui a menacé sa victime, à qui il promet l’enfer. Certains de ses propos, enregistrés au numéro de téléphone 222 23 38, sont: «Madame, pourquoi vous êtes méchante?… Tous ceux qui s’en prennent à moi [nous taisons la suite]… On ne s’en prend pas à moi n’importe comment… Nouma est un petit frère…». Et beaucoup d’autres menaces.
D’après notre informateur, la victime a redéposé une plainte après ces menaces de Bamkoui. Car il faut reconnaître que toute menace de Bamkoui doit être prise très au sérieux. Le Semil qu’il dirige est un service qui tue au Cameroun sans autre forme de procès, les enquêtes contre ce service de renseignements le plus puissant du pays étant toujours classées sans suite, sur instruction du chef suprême des forces armées, Paul Biya.
C’est le lieu ici de déplorer, encore une fois, l’incompétence de ce dernier en matière de nominations. Un homme aussi émotionnel, en permanence sur ses nerfs, traînant des dossiers de crimes, comme le lieutenant colonel Bamkoui, mérite-t-il de diriger des services de renseignements aussi puissants que la Semil? Dans le monde des services de renseignements, les enquêtes de moralité sont menées même sur la fiancée d’un agent avant son mariage. Comment Paul Biya a-t-il pu nommer à la tête du Semil un hors-la-loi, assassin, criminel et receleur des biens volés par les braqueurs, montrant ainsi qu’aucune enquête de moralité n’avait été menée sur Bamkoui?
Le passé de Bamkoui est pourtant rempli de crimes. D’après les articles de Mutations signés par Eugène Dipanda, un journaliste ayant enquêté sur l’«affaire Bamkoui», Joël Emile Bamkoui, à l’époque chef d’escadron et commandant, avait été placé en détention préventive à la prison militaire de Yaoundé jeudi le 20 novembre 2008 suite à l’assassinat de l’inspecteur de police Hervé Michel Mapouro Njifon survenu dans la nuit du 13 au 14 novembre 2008.
Le meurtrier Bamkoui déclarait avoir tué l’inspecteur Mapouro à son domicile situé en plein camp des officiers de gendarmerie à Mboppi à Douala. Mais il semble plutôt qu’il avait tué ailleurs de sang froid l’inspecteur de police Mapouro, son homme de main qui l’aidait à alimenter le trafic de drogue via l’aéroport de Douala, à la suite d’un malentendu où il n’avait pas, comme d’habitude, contrôlé ses nerfs. Il avait ensuite transporté le corps de Mapouro chez lui, afin de simuler un flagrant délit d’adultère, prétendant que Mapouro couchait avec son épouse l’inspecteure de police Danielle. Il préféra ainsi être reconnu coupable d’un «crime passionnel», afin de bénéficier de la clémence du tribunal militaire, qu’il avait effectivement obtenue avec son acquittement pur et simple.
Et pour cause, le commandant Bamkoui était régulièrement félicité par sa hiérarchie pour ses faits d’arme contre des hors-la-loi, qui apparaissent pourtant pour beaucoup comme les exécutions sommaires des suspects, un comportement plutôt hors-la-loi.
Joël Emile Bamkoui était habitué à ôter la vie, «notamment dans le cadre de la lutte contre le grand banditisme, qu’il semble avoir fait sienne. Des sources proches de la gendarmerie, celui qui était encore le commandant du groupement territorial de gendarmerie de Douala jusqu’à une date récente, revendique en effet un tableau de chasse impressionnant. Ses collègues parlent d’une vingtaine de gangsters tués au cours de son service. Un bilan qui lui vaut la confiance de sa hiérarchie, et lui confère également une réputation de gâchette facile. Très caractériel, selon certains de ses collègues d’arme, les anecdotes sont nombreuses au sujet de Joël Emile Bamkoui. Illustration en 2006, à Douala. Au cours d’un bouclage du cimetière de Bonadibong, le commandant interpelle quatre présumés malfrats à qui il demande de s’en aller en courant. Au même moment, il ordonne à ses hommes de tout « nettoyer » en fusillant les suspects dans le dos», écrit le journaliste.
«Lors d’une visite à Douala du Secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie, Jean-Marie Aléokol, le commandant Bamkoui n’avait, en effet, pas eu besoin de mettre des gants pour affirmer qu’il est fatigué de traîner des bandits au parquet où ils sont par la suite remis en liberté. « J’ai dit à mes hommes d’en finir sur le champ des opérations », avait-il précisé».
Ainsi donc, Bamkoui est contre la Constitution du Cameroun, qui dans son préambule « Affirme son attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la déclaration universelle des droits de l’homme, la charte des Nations-Unies ». Effectivement, dans l’Article 9 de la Déclaration universelle des droits de l’homme portant sur le Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, voici les droits de tout être humain:
«2.Tout individu arrêté sera informé, au moment de son arrestation, des raisons de cette arrestation et recevra notification, dans le plus court délai, de toute accusation portée contre lui.
3.Tout individu arrêté ou détenu du chef d’une infraction pénale sera traduit dans le plus court délai devant un juge ou une autre autorité habilitée par la loi à exercer des fonctions judiciaires, et devra être jugé dans un délai raisonnable ou libéré…
4.Quiconque se trouve privé de sa liberté par arrestation ou détention a le droit d’introduire un recours devant un tribunal afin que celui-ci statue sans délai sur la légalité de sa détention et ordonne sa libération si la détention est illégale.
5.Tout individu victime d’arrestation ou de détention illégale a droit à réparation.»
Les prétendus «bandits» arrêtés par Bamkoui et froidement abattus ont-ils bénéficié de leurs droits garantis dans la constitution du Cameroun du fait que la Cameroun a ratifié la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU?
Mais le lieutenant colonel Bamkoui montre, partout où il a servi, qu’il violait systématiquement cet article 9 et la constitution du Cameroun. Il poursuit certainement aujourd’hui cette violation des droits de l’homme au Semil qu’il. Et pour preuve, les assassinat de nos soldats du front de guerre, y compris les soldats du BIR comme Ndjock, sont selectiones pour la mort par la Semil de Bamkoui.
Le passage de Bamkoui au poste de commandant de l’unique compagnie de la gendarmerie qui existait à l’époque dans la Mifi fut marqué par l’assassinat, du fond d’une cellule de la brigade de gendarmerie à Bafoussam en mars 2002, de Barthélemy Kengne, neveu du promoteur de Congelcam, une entreprise spécialisée dans la vente du poisson. Nul ne sait par qui, ni comment cela est arrivé. Joël Emile Bamkoui y était impliqué parce qu’il officiait comme patron hiérarchique du commandant de brigade.
D’après les témoignages recueillis par le journaliste de Mutations, pour extorquer des aveux à la victime, des gendarmes soumis à l’autorité de Joël Emile Bamkoui avaient «dû lui loger un plomb dans le pied. Barthélemy Kengne, 38 ans, avait été interpellé à la suite du démantèlement d’un redoutable gang de neuf personnes qui opéraient à Bafoussam sous la conduite d’un certain Jean Alain Kenfack. Le défunt avait été désigné comme l’un des receleurs des cinq microordinateurs arrachés à des missionnaires. Jusqu’à ce jour, les circonstances exactes de sa mort sont restées floues».
Incapables de trouver des preuves montrant que Barthélemy Kengne était le receleur des biens du gang, les gendarmes sous l’autorité de Bamkoui l’avaient assassiné. Le même Bamkoui qui possède encore ce jour une voiture qu’il a recelée!
Mais le plus curieusement du monde, le journaliste notait: «Que ce soit à Nkongsamba où il fut commandant de peloton, dans la province de l’Ouest où il a œuvré en tant que commandant de compagnie, et à Douala où il est tour à tour fait commandant de compagnie et commandant du groupement territorial de gendarmerie, le courage de Joël Emile Bamkoui, en tout cas, force l’admiration et le respect. Un véritable bosseur, dit-on, qui est sorti de la promotion « Ouverture » de l’Ecole militaire interarmes (Emia) en 1992».
Au sein de nos forces armées, les officiers considèrent les hors-la-loi, les animaux humains à la gâchette facile, les receleurs des biens volés, les menteurs et les bandits dans leurs rangs, comme des «bosseurs» et des «courageux» méritant les promotions. Et leur chef suprême les suit dans cette dérive ayant transformé nos forces armées en gangs de voyous armés.

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