LETTRE OUVERTE DE PENN TERENCE KHAN PLEG CONDAMNÉ À 11 ANS DE PRISON FERME POUR HOSTILITÉ À LA PATRIE ET TERRORISME.

AUX PRÉSIDENT ET COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT AUPRES DU TRIBUNAL MILITAIRE DE YAOUNDE

Chers Madame, Monsieur le Président et Monsieur le Commissaire du Gouvernement après de ce Tribunal:

Alors que ce processus touche à sa fin, je pense qu’il est temps pour moi de vous donner mon dernier mot avant de passer votre jugement tant attendu.

Avant votre verdict, je tiens à faire remarquer que:

1. L’enlèvement, l’incarcération et le procès que j’ai subis devant ce Tribunal sont de nature politique et remettent en question les fondements de ce pays, le Cameroun.

2. Les procès de civils par les tribunaux militaires contreviennent au droit à un procès équitable devant un tribunal compétent, indépendant et impartial. N’étant pas membre de l’armée ou propriétaire d’aucune arme militaire, ce procès a violé tous mes droits garantis par la Déclaration universelle des droits de l’homme (945), le Pacte international des Nations Unies sur les droits civils et politiques, la Commission africaine sur les droits de l’homme et des peoples, et même les droits fondamentaux à un procès équitable tels que définis dans le préambule de la Constitution de 1996 de la République du Cameroun.

3. Je tiens à souligner que ce procès a été illégal dès le début. Comment expliquez-vous le fait que j’ai été illégalement enlevé à Bamenda depuis le 16 janvier 2017 pour des actes qui y auraient été commis mais jugés devant un tribunal militaire à Yaoundé au lieu de Bamenda? Comment expliquez-vous le fait que pendant toute la durée du procès, notre Cour a agi sans vergogne en tant que Procureur et Juge en même temps? Le système anglo-saxon de justice criminelle censé être appliqué dans les régions nord-ouest et sud-ouest anglophones de ce pays exige que la justice ne soit pas seulement rendue mais vue dans sa mise en branle. Ce sont les principes pour lesquels je suis prêt à payer le prix ultime.

4. Les accusations portées contre moi ont toutes été forgées de toutes pièces, le tribunal ne présentant aucune preuve de ces accusations, la raison étant qu’elles n’existent pas. Je ne suis ni un terroriste ni un sécessionniste, mais la nature politique du procès permet à la cour de me jeter render coupable. Si le terme ou le mot «terrorisme» désigne des personnes et des individus qui dénoncent l’injustice sociale et l’inégalité, alors declarez-moi coupable parce que ce sont les raisons pour lesquelles je me tiens devant vous aujourd’hui. Où est la justice que nous cherchons?

5. Aucun tribunal, y compris celui que vous présidez, ne peut résoudre le «problème anglophone» dans ce pays parce que celui-ci est politique. Il faut plus de volonté politique que de procès pour le résoudre. C’est la raison pour laquelle tant l’ONU que l’Union africaine et d’autres organisations ou organismes internationaux, ont constamment conseillé au gouvernement de ce pays de s’attaquer à la cause profonde du problème s’il veut se sortir de l’imbroglio politique auquel il est confronté.

6. Madame la Présidente, aucun terroriste n’est pacifique. Moi aussi et quelques-uns de mes frères emprisonnés aujourd’hui avons essayé, de la manière la plus modeste et la plus humble, de proposer plusieurs projets axés sur les solutions aux hauts fonctionnaires du gouvernement, sur la façon d’apaiser la population lésée. Nous avons écrit au Procureur sur la nécessité d’une solution pacifique à la crise, sur le besoin urgent pour l’Exécutif qui contrôle à distance ce procès, de rechercher les moyens d’engager la population marginalisée dans le dialogue tant attendu afin de régler ce problème de Marginalisation anglophone une fois pour toutes, mais il semble que tous les cris sont tombés dans l’oreille d’un sourd. Le dialogue est le meilleur remède à la crise qui secoue le Cameroun aujourd’hui. Le dialogue a évité la guerre en 1993 et il peut encore le faire aujourd’hui.

7. Votre Honneur, le problème camerounais dit anglophone est spécifique. Cela n’a rien à voir avec les problèmes de développement qui affectent le Cameroun dans son ensemble. Il s’agit du manque de protection institutionnelle de la minorité anglophone, de l’assimilation culturelle d’un peuple et de son identité. Il s’agit du génocide culturel en cours contre la minorité anglophone. Tout au long de l’histoire, ce fut l’inaction de ceux qui auraient pu agir, l’indifférence de ceux qui auraient pu mieux connaître, le silence de la Voix de la Justice quand il importait le plus, qui ont permis aumal de triompher

8. J’espère que le message sera transmis à travers vous au système que vous représentez, et qui sontque qui cherchent à tuer la cause de la justice et l’égalité pour laquelle je suis en prison. Le Cameroun est un état de droit et peut faire mieux que ce qui se passe ici.

Merci, Madame la Présidente et le Procureur du Yaoundé Tribunal militaire pour avoir donné l’occasion de faire ces remarques.

PENN TERENCE KHAN TRIBUNAL MILITAIRE DE YAOUNDE, 10 AVRIL 2018

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