QUAND L’INJUSTICE DEVIENT LOI, LA RÉSISTANCE EST UN DEVOIR – PAR JOSEPH WIRBA(VIDÉO)

Monsieur le président de l’Assemblée. Personne ne peut faire à quiconque ce qui a été fait aux enfants du Cameroun de l’Ouest. Je dis Cameroun de l’Ouest parce que personne ne peut plus retirer ce nom de nos lèvres, car c’est un territoire ou nous croyons en la liberté. Aller dans la rue et protester est un droit fondamental pour nous. Voilà pourquoi nous disons que deux Camerouns se sont joints jadis. Si vous nous dites comme ce ministre d’Etat qui s’était tenu ici et avait dit, que ce qui s’était passé au Cameroun, c’était mettre quelques morceaux de sucre dans un bol, alors nous demandons, qui est le sucre et qui est l’eau, car qu’est-ce que c’est que cette histoire ou vous violez nos enfants, et les filles de mon frère ont été violées à Buea, et allez impunis ? Je vous demande, à vous qui représentez le gouvernement de ce pays, le président de ce pays sait-il que les gouverneurs, leurs sous-préfets et tous les autres administrateurs qu’il a envoyés dans le Cameroun de l’Ouest se comportent là-bas comme une armée d’occupation ?

Notre peuple n’a pas ou aller, or nous avons fait tous les efforts. Nos grands-parents et nos ancêtres vous ont fait confiance, et se sont entendus avec vous, comme des gentlemens, sur le principe qui veut que deux peuples qui se considèrent comme des frères, peuvent venir vivre ensemble. Eh bien si c’est ainsi que vous vous comportez après cinquante-cinq ans d’union, ceux qui disent qu’il faut casser le Cameroun en deux ont raison. Les peuples du Cameroun de l’Ouest ne sont pas des esclaves. Vous n’avez pas conquis les peuples du Cameroun de l’Ouest dans une guerre. Car si c’est ainsi que vous croyez que nous allons vivre, je vous dis, non, ca ne peut pas marcher. Comment pouvez-vous avoir une armée qui est supposée protéger des enfants sortir dans les rues, les battre et violer certains d’entre eux ? Non, ce n’est pas acceptable, dans aucun pays. Nous sommes au 21ieme siècle, et cela n’est pas défendable. Quiconque croit que son gouvernement ne doit pas répondre de ces actes, devra répondre de ceux-ci lui-même, car c’est lui qui nous fait croire que nous avons choisi la mauvaise direction.

Qu’il y a-t-il à dire ?

Je voudrais que le monde sache que nous avons fait des efforts. Je me suis assis avec des ministres et les ai entendus parler. Le premier était le ministre de la justice, Amadou Ali. Il y a dix ans, j’ai pris mon temps, suis venu de Kumbo et suis allé lui dire que quelque chose est en train de naitre au dehors. Que cette manière d’envoyer des gendarmes violenter des gens est en train de créer de la douleur dans le Cameroun de l’Ouest. Je lui ai demandé de faire très attention à ce qui se passe là-bas. Il s’est retourné, m’a regardé et m’a dit ceci : ‘Monsieur Wirba, c’est votre peuple qui a décide de venir ici.’ Il est vivant, il peut le certifier. La semaine passée, je suis allé voir le ministre de l’enseignement supérieur, le Professeur Fame Ndongo, et je lui ai dit que le problème que nous avons dans le Cameroun, dans le Cameroun de l’Ouest est un problème qui détruira le Cameroun. Je lui ai dit que si ce problème n’est pas traité comme il faut, on ne reconnaitra pas le Cameroun dans quelques mois ou dans quelques années. Quand un peuple a vécu des peines et des humiliations pendant plus de cinquante ans, quand cela va exploser vous ne saurez pas quoi faire. La seule chose qu’il m’a demandé, en français, c’était : ‘qu’est-ce que vous allez faire ?’

Parce que vous avez votre armée d’occupation au Cameroun de l’Ouest, vous croyez que quand le peuple va se soulever vous pourrez le maitriser, c’est ca ? Mais voilà, nous n’avons pas besoin de ca, nous n’avons pas besoin de cela. Nous sommes au 21ieme siècle. J’étais un défenseur de l’unification du Cameroun, mais après ce qui s’est passé à Buea, je suis dorénavant avec ceux qui disent que le Cameroun devrait être divisé en deux, car ils ont raison. Et il y’en a de plus en plus qui sont convaincus que c’est la meilleure solution. J’ai entendu ces derniers jours une offre présidentielle de mille emplois, de millions de Francs pour calmer les enseignants, et j’ai éclaté de rire. Donc mon peuple pour vous est esclave ! Vous nous prenez donc pour des chiens, que pouvez battre, et blesser et handicaper, dont vous pouvez casser les pieds, avant de leur jeter un os afin qu’ils se battent dessus !

Cela doit cesser !

Si nous les peuples du Cameroun de l’Ouest continuons de faire ce que nous faisons, c’est parce que nous croyons que notre force est dans notre nombre. Si vous avez beaucoup d’enfants, vous avez plus de chances de survivre. Si les peuples du Cameroun de l’Est veulent nous faire croire que notre sang ne veut rien dire, eh bien, le temps est arrivé de tirer la conclusion. J’aimerai vous donner une citation dans cette chambre, que j’emprunte aux libérateurs américains : ‘Quand l’injustice devient loi, la résistance est devoir.’ Les peuples du Cameroun de l’Ouest ont le devoir de résister à votre oppression. Je dis oppression à cause de ce que j’ai vu sur le terrain. Il y’a trois semaines par exemple voici ce qui s’est passé à Bangola, qui est un village situé à proximité de Jakiri, mon village d’origine. Je ne sais pas quel incident a eu lieu avant, mais un gendarme a été tué. Les forces de l’ordre, sur ordre du sous-préfet sont arrivées, ont arrêté une centaine d’hommes, les ont battus, ont cassé leurs jambes, et les ont abandonné là. Je suis allé dans le lieu ou il les maintenait incarcérées, et lui ai dit, ‘monsieur le sous-préfet, vous allez libérer mon peuple !’ Il a envoyé des soldats, et je leur ai dit, ‘je suis le représentant de ce gens, car je suis un parlementaire.’ Le type, le jeune homme, s’est retourné et m’a demandé, en français, ‘et puis quoi ? On n’est pas ici à Yaoundé !’ Il a trace une ligne devant moi, avant de me dire, ‘si tu traverses cette ligne, tu verras les conséquences.’ Malheureusement pour lui, je suis un descendant des guerriers Nso, et personne ne trace une ligne devant moi. J’ai traversé la ligne et lui ai dit : ‘tue moi !’ J’ai redit au sous-préfet, ‘libère mon peuple !’ Douze heures après, ils ont été libérés. Certains sont encore à l’hôpital. Ils ont battu et blessé des gens, y compris une femme enceinte qui a avorté.

Leur plan majeur est d’achever notre peuple, notre culture. Voilà pourquoi vous avez décidé que tout administrateur, que tout commandant de l’armée dans l’Ouest du Cameroun sera du Cameroun de l’Est. Voilà pourquoi ceux-ci peuvent tuer des gens dans l’Ouest du Cameroun sans mauvaise conscience.

Ca doit cesser !

Monsieur le président de l’Assemblée, j’aimerai répéter cette citation: ‘quand l’injustice devient loi, la résistance est devoir.’ Nous peuple du Cameroun de l’Ouest allons vous résister jusqu’au bout et si vous voulez prendre ce territoire par la force, vous allez nous tuer chacun. Vous pouvez commencer par moi aujourd’hui.

Ca doit cesser !

Les gens doivent savoir que c’est ainsi que nous sommes traités. Cinquante ans c’est trop, cinquante ans c’est trop longtemps. Et nous venons ici, et parlons du budget, alors que vous normalisez l’assassinat, alors que vous normalisez le viol ! Monsieur le président de l’Assemblée, je m’excuse de vous dire que mon discours ici fait partie de la résistance, car quand l’injustice devient loi, la résistance est devoir. C’est mon devoir de défendre mon peuple. Vous ne pouvez pas m’interrompre à cause du manque de temps. Ou si vous préférez, vous pouvez faire venir vos brutaux gendarmes afin qu’ils me tuent ici. Je voudrais que vous entendiez ceci, monsieur le président de l’Assemblée, que le morceau de sucre dont il était question dans cette Chambre […] êtes-vous fâché, monsieur le président de l’Assemblée, êtes-vous surpris que celui que vous considériez comme un esclave se soit levé dans la maison du maitre et pose une question ? Je vous ai dit, monsieur le président de l’Assemblée que vous allez m’entendre jusqu’à la fin. Faites donc venir les soldats brutaux qui violent nos filles afin qu’ils me jettent dehors. Je dirai ce que j’ai à dire jusqu’à la fin. Et vous ne pourrez rien me faire. Je me demande si le président de la République sait que les gouverneurs et préfets qu’il nomme dans l’Ouest du Cameroun se comportent là-bas comme des forces coloniales quand ils brutalisent les gens, quand ils font ce qu’ils y font. Eh bien nous voulons vous dire que nous allons résister, car nous sommes venus dans cette union comme des partenaires égaux.

J’en ai fini. Nous allons résister. Et vous ne pourrez rien faire pour nous stopper, car ca fait partie de la culture dont avons hérité. Tandis que vous avez peur de toutes autorités, nous questionnons celles-ci, nous les défions et c’est pourquoi elles sont responsables.

Quand l’injustice devient loi, la résistance est devoir.

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