COMMENT NOUS AVONS PERDU NOTRE INTELLIGENCE

En observant nos sociétés africaines, il ne fait aucun doutes que certaines ont perdu leur intelligence. Ce phénomène de perte d’intelligence est sans doute né avec le colonialisme et s’est poursuivi avec le néo-colonialisme des elites qui l’ont enterré … par mimétisme de l’oppresseur.

Voici des sociétés régies depuis des millénaires par l’intelligence des hommes qui pour la première fois vont en accéder à la modernité coloniale et post-coloniale, apprendre par manipulation à tourner le dos à ce qui fait leur propre ADN; l’intelligence humaine.

Dans nos sociétés africaines, tout était jusqu’ici organisé en laissant la sagesse et donc l’intelligence guider la collectivité vers le Bien, le Vrai et le Beau. Ce qu’amène la colonisation et la colonisation française en particulier au Cameroun, c’est que la société puisse être gérée par des valeurs opposées à l’intelligence; donc au Bien, au Vrai et au Beau. La colonisation se saisit de la dimension obscure de l’être humain telle que la cupidité, l’envie et la jalousie… que les sociétés africaines passent leur temps à exorciser pour que triomphe une fois de plus le Vrai, le Bien et le Vrai. La colonisation rend possible son projet d’abrutissement de nos sociétés grâce au fruit de la tentation que représentent les petits privilèges. Tout se joue à la masse critique du nombre de personnes parmi nous qui vont basculer et faire le choix de tourner le dos au Vrai, au Bien et au Beau; donc à l’intelligence. Evidemment tout ceci ne va pas sans une certaine désolidarisation d’avec la collectivité. Le colonisé qui tourne le dos à l’intelligence tourne en fait le dos à ses frères et donc à lui-meme au profit du colon qui lui propose le coté obscur de la force.

Sous le colonialisme français, nos sociétés commencent par perdre leur intelligence dans les trucages et les fraudes qui mettent à leur tête les leaders que leur sociétés n’auraient jamais désigné; des leaders qui avaient pour seule qualité d’être francophile. Comment ne pas voir une perte d’intelligence dans le choix de leaders qui serviraient plus le colonisateur que son propre peuple? Et le modele neo-colonial et post-indépendance a érigé cette “stupidité” en intelligence; servir les autres avant de servir les siens.

Nos peuples africains ont aussi perdu leur intelligence sous le coup de ce qu’on peut appeler “la guérilla psychologique”. A la moindre velléité de contestation pour une amelioration collective, avant le colon, aujourd’hui l’elite administrative pour qui malgré la démocratie il est hors de question de partager le pouvoir mettent les préfets et les services de police au travail pour interdire, perquisitionner, harceler, saisir, intimider et arrêter… Quand on est “intelligent” que fait-on? – Intelligence ici entendu au sens de ceux dont le projet est d’ôter toute intelligence aux africains – En d’autres termes si on est intelligent pour le Bien de la collectivité, on décide de renoncer à toute amelioration collective – ce qui est stupide – et devenir “bête” si on ne veut plus avoir de problèmes… voila comment ils procèdent, par inversion ils disent que c’est intelligent d’être bête. Voila avec quelle forme d’intelligence nos pays accèdent à l’indépendance et fonctionnent encore aujourd’hui.

N’oublions pas que pendant l’époque coloniale, nos peuples africains ont aussi perdu leur intelligence avec la complicité de l’église qui a diabolisé auprès des paysans les nationalistes qui demandaient l’indépendance; une diabolisation qui va les amener á accepter l’anéantissement par les armes qui va suivre de ceux qui défendaient leurs intérêts. Un paradoxe très peu intelligent qui structure encore jusqu’aujourd’hui cette catégorie majoritaire de la population.

Enfin nos peuples africains découvrent avec le colonialisme une chose encore plus grave: le mensonge d’Etat. Dans la culture africaine, il est impossible de trouver une institution respectée de tous qui ment. Sans entrer dans les details des religions africaines et de l’importance de la parole, il est impensable que l’institution autour de laquelle le groupe s’identifie puisse mentir. Le mensonge qui s’oppose bien sûr à la vérité remets en cause la finalité même du projet collectif quand celui-ci provient de l’institution suprême.

En renonçant au Vrai comment comprendre qu’on ne renonce pas à la même occasion au Bien, au Beau et donc à quelque chose de transcendantal en tant que ensemble collectif? Qui a vraiment envie de vivre sous un Etat qui ment? Si nous l’avons accepté, c’est bien parce que depuis le projet colonial, nous avons accepté pour des intérêts égoïstes, d’écarter l’intelligence de nos sociétés africaines modernes… et de rester bêtes.

Par Pierre Bekolo

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