LA RÉPUBLIQUE DES MINORITÉS

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Les tyrans d’Afrique – et Biya en premier – n’ont jamais aucun problème pour calculer la majorité. Ils sont passés d’ailleurs maitres dans l’art de composer le dosage qui la constitue, car Biya sait déjà aujourd’hui, plusieurs mois avant l’élection présidentielle, qu’il obtiendra une majorité de 80%. Avec le gouvernement le plus large d’Afrique, lui qui gouverne par décrets sait aussi que le dosage tribal est son véritable salut. Ce qu’il n’a jamais pu calculer cependant, c’est la minorité. En cela il rejoint tous les tyrans de son espèce, pour qui la minorité c’est un problème, un problème incompréhensible. Or la démocratie aujourd’hui, ce n’est plus le fameux ‘majority rule’. Surtout depuis le génocide de 1994 au Rwanda, elle est devenue plutôt le respect de la minorité. Voilà où et comment notre futur sera défini, notre pays n’étant qu’on composite de minorités. Et c’est d’ailleurs ce qui se joue en Ambazonie depuis 1985 exactement, en Ambazonie où Biya est en train de commettre un génocide, car il se heurte à ce problème : la demande de respect d’une minorité, respect dont il aura été incapable, parce que sa vision de la démocratie n’aura jamais inclus le principe dialectique qui la fonde. Or ce principe, le voici : la minorité d’aujourd’hui est la majorité de demain. La manière avec laquelle tu traites la minorité aujourd’hui, définit la manière avec laquelle celle-ci te traitera demain, quand elle aura accès à la majorité – au pouvoir donc. Respecter la minorité est donc fondamental à la paix, car c’est un réflexe de survie – quand on est démocrate. Mais Biya évidemment, parce qu’il veut et croit qu’il va mourir au pouvoir, parce que son télos est d’éternisation au pouvoir, a toujours fondé son pouvoir sur le manque de regard par rapport à la minorité qui doit être néantisée, qui doit être nullifiée.

Ce manque de regard est extraordinaire, surtout parce que devant nous il a condamné à mort celui qui était président avant lui pour installer son propre pouvoir, et sabordé la forme fédérale de l’Etat camerounais, pour le remplacer par un Etat tribal. La perte de pouvoir, c’est-à-dire, le passage de la majorité à la minorité, est ainsi survenue de manière négative chez nous, mais cela ne devrait pas toujours être ainsi, la démocratie permettant un passage positif à bien moindre coût, de la minorité à la majorité, quand bien sûr elle est bien organisée. Un président anglophone en 1982, suite du ticket présidentiel de 1970 qui faisait de Tandeng Muna le vice-président et donc le dauphin, nous aurait de toute évidence épargné les morts anglophones d’aujourd’hui, mais nous n’en sommes plus là. La présidence à Fru Ndi en 1992 nous aurait de même épargné ces morts anglophones d’aujourd’hui, mais nous n’en sommes plus là non plus. Nous n’en sommes plus là, parce que le télos d’éternisation au pouvoir de Biya aura créé les problèmes que nous vivons – et sapé toute chance de victoire de Akere ou de Osih. Même dans l’Etat tribal qu’au final il nous aura construit, la transformation démocratique de la minorité en majorité demeure cependant le principal garant de la paix, surtout parce que notre pays est fondé politiquement sur quatre tribus équidistantes – les Nordistes, les Bamiléké, les Anglophones et les Nkwa’, quatuor tribal aux éléments quantitativement égaux – et Biya est Nkwa’ tout comme son pouvoir, bulu dans sa substance. Parce qu’il est impossible avec ces quatre piliers d’obtenir une majorité absolue, le trucage aura toujours été mis en branle, pour ainsi saborder le jeu démocratique – qui gagne encore une élection à 80% aujourd’hui ? La violence aura toujours été mise en branle pour ainsi faire sombrer dans la peur, l’ambition politique de l’une des trois autres tribus politiques – regardez la peur de la prise du pouvoir par les Bamiléké que fabrique un congrès (un seul congrès !) réussi de Kamto ! La propagande aura été mise en branle pour asseoir la prétention légale d’un pouvoir illégitime – regardez la mise au pas de tous les médias camerounais, quand dans le Noso nous avons des vieillards qui sont calcinés dans leur maison !

Dans l’Etat tribal que nous avons, des quatre tribus politiques constitutives de l’espace public camerounais, une tribu politique qui a le pouvoir, et c’est-à-dire qui a fait main basse sur le monopole qu’a l’Etat d’exercer la violence légale, sur l’armée donc, cesse automatiquement d’être une minorité – les Bétis ne sont donc plus une minorité, les Bulu encore moins. Ils le redeviendront quand ils vont perdre le pouvoir. Parce que faire main basse sur la violence d’Etat rend certes légal mais ne confère pas la légitimité, les autres tribus politiques ont de toute évidence le droit de légitime défense. Il est et il sera toujours illusoire de vouloir le leur retirer, parce que la tribu au pouvoir n’a pas et n’aura jamais l’arme suprême non plus – la bombe atomique –, pour instaurer ce qu’on pourrait appeler un respect perpétuel, et pérenniser le télos d’éternisation au pouvoir dont rêve Biya. Autrement dit, parce que l’occident ne donnera jamais cette arme à Biya quel que soit son larbinisme – regardez les petits avions que les USA lui ont offerts ! –, dans le scenario d’un coup d’Etat, un caporal courageux entrerait-il au palais de l’Unité et mettait-il une balle dans le crane de ce dernier qu’il serait proclamé président du Cameroun. Il lui suffirait de dissoudre le RDPC, pour se fabriquer lui aussi une légitimité de façade, en redistribuant lui aussi les cartes politiques par le dosage tribal. Parce que le pouvoir au Cameroun est légal mais illégitime, et cela depuis 1956, toute minorité a le droit de légitime défense. C’est un droit citoyen, fondé dans le droit personnel de chacun au bonheur. Le concierge de la république n’est pas garant de l’exercice de la légalité, mais de l’expression de cette légitimité-là, et donc du respect des minorités. Il soutient tout ce que la minorité privée de légalité fait, pour activer sa légitimité, y compris prendre les armes contre le pouvoir illégitime. Cela veut dire aussi qu’il peut, et choisit d’aller en prison s’il le faut ; il peut, et choisit de mourir si c’est nécessaire, pour la cause d’une minorité. Le bébé de Vanessa, Bertrand Teyou, Enoh Meyomesse, et bien évidemment les Ambazoniens, toutes les causes que je soutiens, sont ces minorités-là. Je les soutiens toujours à sang pour sang parce que la minorité, c’est d’abord une personne. One.

Concierge de la république

 

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