LES LEADERS INFORMELS, CARENCE DE L’OPPOSITION FRANCOPHONE DU CAMEROUN

L’équipe de la coalition Kamto se retrouve dans le désenchantement d’avoir cru que, compte tenu des millions de citoyens qui ont voté Maurice Kamto, il suffit que ce dernier lance un mot d’ordre et ces millions de votants là vont s’exécuter.

Erreur. Les sympathisants de Kamto ont voté le 7 octobre pour les choses que Kamto leur a promises, à savoir qu’il utiliserait les «voies du droit» pour imposer sa victoire, devenir président de la République, et mettre en place son projet de société.

Ils ne l’ont pas voté parce qu’ils doivent ensuite suivre ses mots d’ordre de révolte populaire, tel que descendre dans la rue.

C’est pour cela que les populations ignorent les mots d’ordre de Kamto, la première série comme la deuxième série en cours.

Les camerounais qui ont voté Maurice Kamto sont pour la plupart différents des camerounais qui peuvent suivre les mots d’ordre de révolte populaire, tels que descendre dans la rue ou même prendre les armes contre le régime prédateur, terroriste et tribaliste de Yaoundé.

On ne lance pas une révolte populaire par de simples mots d’ordre.

On la prépare et la programme minutieusement.

C’est pendant la campagne électorale dans les diverses localités du Cameroun qu’il fallait asseoir les structures de la révolte populaire, en nommant secrètement les leaders informels et clandestins dans chaque localité et en leur donnant les instructions et enseignements nécessaires.

En dehors d’une étincelle qui enflammerait les populations à la colère, comme les jeunes camerounais anglophones et francophones qui, écrasés par le chômage et la pauvreté grandissants, furent enflammés à la révolte populaire en février 2008 par la décision du régime Biya de hausser le prix de l’essence et de modifier la constitution en faisant sauter la clause de la limitation des mandats présidentiels afin de maintenir Paul Biya au pouvoir à vie, toute révolution populaire doit être minutieusement préparée.

Autre exemple, deux ans après le mouvement de février 2008, la jeunesse tunisienne enclencha des manifestations en protestation contre le chômage qui touchait une forte proportion de la jeunesse, plus particulièrement les jeunes diplômés, la corruption et la répression policière, dont l’étincelle était la mort par immolation du jeune vendeur ambulant de fruits et légumes de Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi, parce que sa marchandise avait été confisquée par les autorités.

En l’absence d’une telle étincelle, qui enflammerait le peuple à la révolte, le soulèvement populaire se prépare et se programme minutieusement, le meilleur cas d’école étant le soulèvement populaire des anglophones camerounais à partir de novembre 2016, dont les leaders informels ont exploité les évènements pour en faire l’étincelle de la colère populaire.

Le mouvement sécessionniste anglophone cuvait au Cameroun depuis 1985 que le CAM (Cameroon Anglophone Movement) fut créé, et qui s’était mué, comme un caméléon, en multiples organisations, clandestines comme officielles, suivant les interdictions et la répression du régime Biya.

Dès que les avocats anglophones lancèrent leur grève en novembre 2016 et descendirent dans la rue avec les syndicalistes enseignants et l’animateur radio Mancho Bibixy et les jeunes de Bamenda exigeant les routes, les sécessionnistes bien rodés dans la lutte contre le régime Biya s’infiltrèrent dans les manifestations, dont la principale exigence devint le retour du Cameroun à la Fédération comme forme de l’État.

J’avais déjà en 2010 travaillé avec un groupe d’anciens étudiants anglophones de l’Université de Buea sur les stratégies de préparation d’une révolte populaire, des stratégies que j’ai depuis 2008 rendues publiques dans divers articles.

Les sécessionnistes anglophones ont très efficacement mis celles-ci en pratique, en utilisant la terreur des forces armées du régime, la radicalisation de Paul Biya dans le rejet du dialogue sur la Fédération, ses ordres d’arrêter en janvier 2017 les leaders anglophones officiels avec qui ses hommes venaient de dialoguer et celle d’autres leaders connus comme Mancho Bibixy, et la poursuite de la répression, comme une grosse étincelle de la colère populaire des anglophones.

C’est parce que l’honorable Joseph Wirba, député du SDF, connaissait les capacités des leaders informels sécessionnistes à mobiliser les populations anglophones à la résistance populaire qu’il prononça son discours prophétique à l’Assemblée nationale.

Nous ne comprenions pas comment les anglophones avaient pu se lever, tous comme un seul homme dans toutes les villes et villages du Cameroun occidental (régions du sud-ouest et nord-ouest) pour descendre tous dans la rue le 22 septembre 2017 et le 1er octobre 2017.

Ce miracle ne fut rendu possible que par le travail efficace des leaders informels, essentiellement sécessionnistes, qui parlaient, convainquaient, motivaient et radicalisaient chaque anglophone dans son lieu de résidence, au téléphone et par les réseaux sociaux, pour la révolte populaire.

Les leaders informels, outil par excellence de communication politique révolutionnaire, sont indispensables pour l’efficacité de tout soulèvement populaire.

Les opposants francophones du Cameroun ne peuvent pas faire descendre les populations dans la rue parce qu’ils sont prisonniers du modèle pyramidal, top-down (de haut en bas) de la gestion des masses, un modèle français qui n’est bon que pour les dictatures.

Il est évident que le citoyen écoute et obéit plus facilement une personne locale qu’il connaît, plus qu’un Maurice Kamto «étranger» et lointain dont il n’est pas familier et dont il se méfie comme il le fait de tout politicien, même s’il reste son supporter ou sympathisant.

Mais rien n’est encore perdu.

La coalition Kamto peut encore réactiver, clandestinement, ses contacts locaux et établir un réseau de leaders informels à travers le Cameroun pour préparer la révolution.

Dans ce domaine, l’efficacité demande qu’on jette tout orgueil personnel à la poubelle, toute soif personnelle du pouvoir au garage; car de telles attitudes freineront la mobilisation nécessaire et indispensable.

L’échec de leurs deux séries de mots d’ordre doit leur enseigner qu’une révolte populaire ne se lance pas suivant le modèle pyramidal Top-Down (de haut en bas), mais plutôt suivant le modèle démocratique Bottom-Up (de bas en haut) en usant le plus efficacement possible de l’action des leaders informels.

Les leaders informels anglophones, sécessionnistes comme fédéralistes, sont également ceux qui ont, pour la plupart, organisé les groupes armés d’autodéfense (Amba Boys, ADF, et autres), qui ont si efficacement stoppé la machine armée tribale, répressive et terroriste de Paul Biya sur le territoire du Cameroun anglophone et qui, si le peuple francophone continue de ne pas entrer dans la révolte pour chasser Biya, feront aboutir très certainement la guerre civile à leur victoire avec la création de l’État indépendant d’Ambazonie.

Si les dirigeants et opposants francophones du Cameroun ne parviennent toujours pas à le comprendre, les puissances mondiales le comprennent bien et commencent déjà, toutes y compris la France, à lâcher Paul Biya.

Au moment où le Cameroun francophone sous Paul Biya est devenu source du chaos à l’intérieur et d’instabilité dans la région d’Afrique centrale, les puissances mondiales protègeront d’abord leurs intérêts… même si pour cela elles devaient contribuer à la noyade du Cameroun francophone devenu un casse-tête.

«Les États n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts», dixit le général Charles de gaulle, ancien président et fondateur de la cinquième République française actuelle.

Ndzana Seme, 13/12/2018

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