Le suicide de monsieur Péwé, le plus grand scandale du Cameroun nouvellement indépendant

C’est une histoire digne d’un film d’espion dans lequel s’entremêle sexe et pouvoir.

Le 20 juillet 1965, Ahidjo nomme comme directeur du cabinet civil Clément Langué Tsopgni. Début septembre 1967, la situation n’est pas bonne à la présidence de la République. Le climat y est délétère et l’ambiance , morose.

En effet, lorsque Tchopgni arrive à la présidence de la République, il trouve le fameux service d’études et de la documentation (SEDOC) avec à sa tête le tout puissant Jean Fochivé. Le numéro 2 du SEDOC est un certain Péwé. Le SEDOC est à cette époque rattaché au cabinet civil de la présidence. En ces temps-là, une espionne française prénommée Jeanine avait été recrutée au secrétariat de la présidence de la République du Cameroun. Elle y occupait la fonction de chargé d’études. En réalité, elle était un indic de Jacques Foccart et des réseaux françafricains. M. Péwé et Jeanine tomberont follement amoureux (avec du recul, on se demande si c’était vraiment l’amour ou la manipulation) . Monsieur Péwé, numéro 2 des services secrets camerounais va épouser l’espionne française au début de l’année 1964.

Fin août 1967, va se produire l’un des plus grands scandales que la République du Cameroun nouvellement indépendant ait connu. Clément Langué Tchopgni, directeur du cabinet civil se met à entretenir une relation extraconjugale avec Jeanine, l’épouse de M. Péwé, numéro 2 des services secrets camerounais. La nouvelle se repend comme une trainée de poudre. Tout le monde en parle, tout le monde est au courant sauf le principal concerné ( Péwé). Un jour, M. Péwé surprend les deux tourtereaux en pleins ébats. Il n’en croit pas ses yeux. L’homme cocufié tente immédiatement de se suicider. Mais même la mort ne veut pas de lui ; son suicide est raté. M. Péwé est immédiatement conduit à l’hôpital central de Yaoundé pour y être soigné. Pendant qu’il est encore interné à l’hôpital, ses visiteurs viennent lui raconter comment son épouse et Tchopgni filent le parfait amour et sont devenus inséparables. L’homme craque et sombre dans une violente dépression ; il développe des intentions suicidaires. Il est dorénavant interné et placé sous surveillance. Un jour, il réussit à déjouer l’attention de ses surveillants et réussit à se rendre à la Présidence de la République pour rencontrer la première dame Germaine Ahidjo afin de lui demander de conseiller son épouse afin que celle-ci arrête de l’humilier à travers la relation qu’elle entretient avec M. Tchopgni, Directeur du cabinet civil. Lorsque Mme Ahidjo voit M.Pewé arrivé, haletant et perturbé comme une loque humaine, elle prend peur et exige à la garde présidentielle d’éconduire ce monsieur aux tendances suicidaires. M. Pewé est interpellé et reconduit à l’hôpital.

Quelques jours après cet évènement, M.Pewé réussit de nouveau à déjouer la garde de ses surveillants. Il rentre à son domicile, s’empare de son pistolet de fonction et prend son fils unique qu’il ramène dans sa chambre d’hôpital. Il abat son fils à bout portant et retourne l’arme contre lui. Avant de commettre son forfait, il laisse un message écrit : « Jeanine, je te laisse à ton amant Tchopgni, mais tu seras triste jusqu’à la fin de tes jours. Adieu » !

Yaoundé est en ébullition. L’affaire fait la une des journaux nationaux et internationaux.

Septembre 1967, Ahmadou Ahidjo limoge son directeur du cabinet Clément Langué Tchopgni. Paul Biya est nommé directeur du cabinet civil. La suite, tout le monde connait.

L’Histoire c’est aussi les petites histoires des hommes et femmes qui ont marqué l’Histoire de notre pays .

Arol Ketchiemen

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