UN INGÉNIEUR EMPRISONNÉ AU KOSSOVO À KONDENGUI TÉMOIGNAGE AU TRIBUNAL

“ Mme La Présidente, mon nom est Mouaffi Jean Claude, je suis né il y a 32 ans à Bafang, petite ville du département du Haut-Nkam, Region de l’ouest. De Père et Mère originaire de Bafang, dont leurs parents à eux étaient Bafang.

Depuis 10 ans je vis dans la ville de Douala, je suis ingénieur financier et travaille pour IHS Cameroun, comme Analyste financier ; mon travail consiste à trouver les meilleures solutions pour que mon employeur investisse plus dans notre économie.

J’ai été arrêté le 26 janvier 2019 à Bafang par les forces de police et de gendarmerie et emmené de force au commissariat de la ville sans savoir pourquoi. Au commissariat, sans être notifié de quoi que ce soit concernant les motifs de mon arrestation, le policier en poste à la main courante me dira je cite « salle porc de bamileke, vous avez choisi de nous donner du travail, on va vous écraser » fin de citation. Ensemble avec les autres personnes arrêtées nous serons jetés dans une cellule de moins de 5m carré noir de jour comme de nuit sans ouverture. Dans la cellule nous n’avions pour seule option que de nous coucher sur le sol en ciment, infesté par les urines et autres rejets humains.

Madame la présidente le dimanche 27 Janvier, nous sommes sortis manu militari de la prison dans les cours de 17h sans aucune information sur notre destination pour être jetés à la prison de bafang sans aucun mandat, sans voir un procureur.

Le Lundi 28 Janvier dans les 18h, nous sommes sommés de ramasser nos effets et de libérer la prison, nous avions cru à notre libération; nous allons tous déchanter dans la cour de la prison face au nombre impressionnant de policiers et gendarmes cagoulés, armés jusqu’au dent. Un inspecteur de police particulièrement haineux, viendra nous croiser les mains, passer les menottes. A moi il posera nombreuses questions condescendantes et provocatrices, entre autres je cite « tu veux être ministre ? » « tu as cru que Kamto va vraiment être Président ? » « As tu dis un dernier mot à ta famille ? «  » tu connais Ouandie ? Tu sais comment il est mort ?  » avant de conclure nous allons vous faire ça cette nuit. Un des membres de son équipe en civile nous fera des photos pendant et nous serons jetés dans les pick-up sans que nous ne soyons informés de la destination. Personnellement j’ai cru un temps à une élimination physique planifiée. C’est quand nous entrons dans la ville de Bafoussam que je me suis remis dz de cette idée.

A Bafoussam, nous serons jetés dans une cellule du commissariat central, avec d’autres personnes arrêtées à Dschang. Oh au moins dans cette cellule il y avait une ampoule qui brillait.

Dans les environs de 23h, nous sommes sommés de libérer la cellule, chose faite, nous découvrions dans un dispositif sécuritaire plus impressionnant, avec des hommes tous en noir jusqu’à la tête. L’ordre unique : montez dans le camion. Pour quelle destination ? Aucune réponse. Nous montons dans le camion, c’est apres le village tonga que les spéculations commencèrent sur notre destination avec deux courants d’analyse, ceux qui pensaient que nous allons être tués et jetés dans la sanaga et ceux qui pensaient nous allions à Yaoundé.

C’est après la traversée de ce fleuve que notre peur a diminué.

Nous arrivons au CCGMI dans les 3hrs du matin, les lumières sont éteintes à notre arrivée, on nous fait descendre et asseoir à même le sol. A 5h30 on nous fera descendre dans un bâtiment en étage qui sert selon eux de dortoir pour éleve policier. Nous sommes logés au rez de chaussée. Vers 14h, nous aurons quelques choses à boire et à manger.

Mme la présidente, au CCGMI, j’ai découvert qu’un homme pouvait faire ses besoins dans un sceau devant 53 personnes… Au CCGMI, un officier de police dame nous a fait savoir que les repas servis par la police, nous allons subir les conséquences dans notre organisme dans 5ans.

Mme la Présidente, de tout ce périple, ce n’est que le 5 février 2019 dans l’après-midi que nous verrons un arrêté du préfet de mfoundi pour une garde à vue de 15 jours. J’aimerai préciser que j’ai été arrêté dans le département du Haut-Nkam, et le 5 février je suis garder à soa dans le département de la mefou et afamba. Plus impressionnant la garde à vue est signée le 30 Janvier.

Mme la Présidente, le 12 Février, nous sommes conduit devant le commissaire du gouvernement dans l’après-midi. Nous serons gardé 2 jours dans la salle d’audience du tribunal militaire sans eau, ni nourriture, ni possibilité de dormir. Le 14 Février à 3 heures du matin, nous sommes conduits à la prison centrale de Yaoundé,; à prison, nous sommes déshabillés, assis au sol un peu comme nos parents lors de la traversée de l’océan Atlantique pour l’Amérique durant le siècle précédent.

Le 14 février, vers 20, je serai jeté au quartier Kosovo. Aucune personne ayant visité ce pénitencier n’ignore la réputation de Kosovo. Je vais résumer en disant, au kosovo, la vie humaine et la dignité humaine n’existe pas, tu dois te battre pour ta survie.

Madame la présidente, si j’ai tenu à mon introduction de faire un exercice sur mon arbre généalogique, C’était pour rassurer que je suis Camerounais de coeur et de corps. Ma foi, j’ai eu les moments de questionnement face aux traitements subis durant mon arrestation et mon incarcération car avant ces événements on m’a toujours dit les lois sont la pour protéger tous les Camerounais.

Mme la Présidente certaine opinion voudrait me faire croire que la messe est dite d’avance. Je leur ai dit non et faux, car je suis dans mon pays et il y a la justice et les juges qui protègent les citoyens comme moi. Je suis un Camerounais qui n’a pas de casier judiciaire, qui travaille à son niveau pour l’avancement de notre pays.

Mme la présidente, je ne suis pas juriste, mais j’ai lu un juriste français qui dit « entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la réglementation qui libère ». Je suis devant vous, moi faible citoyen et ne compte sur la réglementation de mon pays pour retrouver ma liberté. Mme la Présidente, vous êtes le garant de la réglementation”

Mon commentaire: je ne sais où la bande à Biya nous amène mais je sais simplement que tous les gouvernements avec un pouvoir vieillissant dans le monde qui se sont comportés comme ça ont finit par être renversés de la pire des manières. Ça prend le temps nécessaire mais ils sortent toujours perdants et la suite ce sont les règlements de compte. Il y a trop d’inhumanités dans ce pays. Le seul mot français qui peut rendre compte de ce qui se passe au Cameroun aujourd’hui c’est le terme: sauvagerie.

B Bertolt

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